État des lieux

Dans 40% des cas, la violence conjugale débute ou redouble durant la grossesse. Une femme sur 4 avorte à cause des violences subies.

Au centre de psycho trauma, institut de victimologie, Karen SADLIER, responsable de la section enfants/adolescents, constate que 80 % des enfants sont témoins oculaires ou auditifs des violences conjugales, même si les parents pensent qu’ils ne le sont pas. Et les 20 % des enfants restants sont témoins de toutes les dynamiques de violence dont les disqualifications, l’isolement, les sensations de terreur dans la maison.

80 % des incidents, des passages à l’acte, des violences physiques ont démarré autour d’une question concernant l’enfant. Elle ajoute que 40% des enfants qui consultent au département enfant de l’Institut de victimologie de Paris sont, à leur tour, maltraités par le conjoint violent.

3 millions d’enfants en France vivraient dans un foyer où ont lieu des violences conjugales.

Impact sur les enfants

→ Une mise en danger des enfants

Le docteur Gilles LAZIMI, médecin au centre municipal de santé de Romainville, explique que les enfants, témoins oculaires des violences, sont exposés à la même terreur que la victime sans avoir les outils psychiques permettant de mettre des mots sur ces situations, de leur donner un sens. Ils sont eux aussi victimes de violences.

L’enfant a un besoin absolu d’un adulte qui assure ses besoins fondamentaux, sa sécurité, son bien-être. Toute violence de la part d’adultes met en danger son développement affectif, psychique, physique et social et le plonge dans une grande insécurité. Démuni face à des violences, l’enfant court plus de risques de développer des stress extrêmes.

Le docteur BERGER, chef de service en pédopsychiatrie au CHU de Saint-Etienne qui accueille les enfants violents, souligne que les enfants les plus violents sont les enfants qui ont subi de la violence indirecte, c’est-à-dire les enfants témoins de la violence conjugale.

Selon des recherches, plus l’enfant est jeune, plus il intériorise la violence. Ainsi, les nourrissons sont très perméables aux scènes de violences conjugales, qui vont s’inscrire dans la mémoire traumatique (mémoire piégée, hypersensible, prête à exploser en faisant revivre à l’identique les événements violents et les émotions éprouvées)

→ 5 symptômes, dont peut souffrir un enfant à n’importe quel âge, ont été mis en évidence :

  1. L’enfant revit le traumatisme
  2. Un mouvement de dissociation
  3. Le retrait social (pensée sidérée)
  4. L’hyper-vigilance
  5. Un enfant très apeuré qui peut reproduire des comportements agressifs

Des études ont également montré que l’impact de la violence conjugale est plus important que l’impact des traumatismes liés à l’environnement (des attentats, tsunami…) sur les enfants.

→ La violence indirecte

En effet, en général ce sont les mères qui subissent les violences de la part de leurs maris. Et la mère pour l’enfant est la première figure d’attachement sécurisante. Dans le cas de la violence conjugale, c’est cette figure qui est attaquée, frappée et pour l’enfant, c’est pire que d’être frappé directement.

Le traitement psychologique de ces enfants dépend de la répétition de la violence au sein du foyer et de la capacité de la mère à protéger l’enfant.

Les enfants victimes de la violence conjugale développent 10 à 17 fois plus de troubles du comportementque les enfants normaux.

Le juge Luc Frémiot nous explique :
« Des études ont été faites, il y a quelque temps déjà, par le Dr Berger, qui dirige un laboratoire à Saint-Etienne dans lequel il soigne une dizaine d’enfants issus de milieux violents. Ces enfants sont devenus ultra-violents, c’est-à-dire qu’on ne sait plus quoi en faire. Quand on ne sait plus quoi en faire, on les amène au Dr Berger : il traite des enfants de 7 ou 8 ans qui piquent de telles crises de colère qu’il faut deux ou trois infirmiers pour les maîtriser. Tous ces enfants ont des problèmes de perturbations psychologiques, ils ont aussi des problèmes sur le plan physiologique.

Des pédopsychiatres ont fait des IRM de cerveaux d’enfants qui ont été exposés à des violences conjugales : ils ne les ont pas subies mais ils y ont assisté. On a constaté une perte de substance de matière encéphalique de la taille d’une ancienne pièce de cinq francs. L’enfant stressé sécrète du cortisol qui attaque la matière encéphalique, même chez des nourrissons de quelque mois. Et quand vous les remettez dans des milieux dits normaux, c’est-à-dire où il n’y a pas de violence, la matière se reconstitue. On voit bien aujourd’hui tous ces enjeux. »

Les conséquences à l’âge adulte

Lorsqu’un enfant subit un ou plusieurs traumatismes, il n’est pas capable de se défendre correctement et met en place un processus dissociatif qui le plonge dans un état de sidération ou d’anesthésie émotionnelle.

La manifestation de cet état traumatique se manifeste de plusieurs manières :

-  Conduites à risque
–  Addiction
–  Pratiques sexuelles violentes
–  Conduites auto agressives
–  Conduites hétéro-agressives
–  Jeûne (anorexie)

De plus, les enfants témoins de violences conjugales reçoivent de leur père le message que la violence est normale. Les garçons qui ont vu leur mère brutalisée ont davantage de risque de faire preuve de violence à l’égard de leur partenaire. Les filles, témoins de violences, ont davantage tendance à accepter les mauvais traitements.

On estime que 40 % à 60 % d’hommes violents avec leurs partenaires ont été témoins de violence conjugale durant l’enfance.

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