L’affirmation de soi désigne la capacité d’exprimer ce que l’on pense, ce que l’on ressent, ce dont on a besoin et nos limites, tout en respectant l’autre.
Le comportement affirmé est considéré comme plus efficace pour atteindre nos objectifs (faire une demande, résoudre un conflit, etc.).
En opposition à l’affirmation de soi, il existe trois autres types de comportements, ainsi considérés comme moins efficaces :
Pour s’affirmer de manière efficace, il faut entre autres utiliser le “je”, formuler sa demande de façon directe, en termes de comportements clairs et précis, et en laissant savoir qu’il ne s’agit pas d’une exigence. Par exemple : « Je trouve que tu me parles de façon agressive et irritante. J’apprécierais que tu me dises cela sur un autre ton ».
Maintenant imaginez que cette phrase soit dite dans un contexte de violences conjugales, par la victime.
Le problème de l’affirmation de soi, c’est qu’elle suppose que pour être efficace, l’interlocuteur.ice en face doit être en capacité de l’entendre et d’y être réceptif. Elle suppose donc également un rapport d’égalité entre les deux personnes qui communiquent.
Lorsqu’il y a violences conjugales, on sait que la relation n’est pas symétrique, et qu’il y a toujours une personne qui cherche à dominer l’autre. Nous savons également que dans les violences conjugales, il y a de l’emprise. Et l’emprise c’est la réduction de l’autre au statut d’objet, l’anéantissement de sa subjectivité par le déni de ses besoins et désirs, au profit des siens propres. Donc puisque l’agresseur est toujours dans une logique de contrôle et de domination, il sera systématiquement sur un mode d’affirmation qui est manipulatoire, où ses demandes se font au détriment des besoins de l’autre.
Concrètement, ça signifie que si la victime essaye de s’affirmer, de poser des limites, l’agresseur lui, ne va pas l’entendre et va même probablement surenchérir. Parce que ce qu’il veut, c’est défendre ses besoins et désirs à LUI. Et ça, il ne peut pas le faire si on lui demande de faire des compromis, d’agir différemment, de se remettre en question, etc. S’il veut garder le contrôle, il n’a bien évidemment pas intérêt à respecter les limites qu’on lui pose.
La plupart des femmes que je suis se sont déjà affirmées plusieurs fois, ont déjà posé des limites, ont déjà dit non. Et c’est très bien de pouvoir le faire. Le problème, c’est que Monsieur ne veut juste pas l’entendre, parce que ça ne l’arrange pas. Donc il va soit insister, soit bouder, soit s’énerver, ou faire des reproches. Et c’est là que la limite posée va sauter. Parce qu’il n’y a pas d’autre choix si elles veulent être tranquilles. (Bulle témoignage post)
Dans le cadre de violences sexuelles par exemple, elles me disent souvent qu’elles finissent par “céder”, parce qu’elles savent les conséquences qu’un “non” implique. Elles savent qu’il
y aura probablement un déferlement de violences encore plus fort juste après. Sauf que par la suite, elles se sentent honteuses et coupables car elles pensent ne pas avoir assez bien posé leurs limites.
L’idée n’est pas de dire qu’il ne faut pas s’affirmer. Bien sûr qu’il est important de pouvoir exprimer ses besoins et ses désirs de manière respectueuse. Que ce soit dans les relations amicales, amoureuses, familiales, au travail. Mais l’idée c’est de remettre la responsabilité au bon endroit, c’est-à-dire sur l’auteur des violences. Parce qu’ici le problème n’est pas le manque d’affirmation de soi. Le problème c’est le contexte des violences conjugales, qui rend totalement impossible le fait de s’affirmer sans crainte de représailles. Comment peut-on mieux dire “non” à quelqu’un qui ne veut de toute manière pas l’entendre ? A quelqu’un qui n’a auparavant pas respecté cette limite non pas une, mais deux, trois, voire dix fois.
Dans ce contexte, ce n’est pas à la victime de travailler sur elle et d’apprendre à mieux s’affirmer, c’est à l’auteur d’arrêter d’exercer sa violence.