Elles Imaginent

Psychologue clinicienne et militante féministe, Léa Duminy agit au sein d’Elle’s Imagine’nt pour accompagner les femmes victimes de violences conjugales. Avec conviction, elle défend une écoute sans jugement et une posture engagée : reconnaître la violence, la nommer, et redonner à chaque femme le droit de choisir son propre rythme.

Portrait Lea Duminy

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Peux-tu te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Léa Duminy, et je suis psychologue clinicienne à l’association Elles Imaginent. Je suis également militante féministe, engagée contre les oppressions systémiques.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de rejoindre Elles Imaginent ?

J’ai d’abord rejoint l’association en tant que bénévole, il y a maintenant 1 an et demi, notamment pour tenir la permanence téléphonique. A cette période-là, j’étais un peu perdue dans mes études de psycho, je n’y trouvais pas de sens. Je savais que ce qui m’animait c’était d’agir contre les violences faites aux femmes, mais je n’avais pas encore trouvé le moyen d’allier cette envie, ce besoin, avec mon futur métier. Je me sentais aussi très impuissante et très en colère, face à cette société patriarcale qui autorise, voire légitime la violence masculine. Il fallait que je fasse quelque chose de tout ça, et que je trouve un moyen d’aider à ma manière. Et j’ai trouvé ça avec Elles Imaginent.

Après le bénévolat, j’ai été stagiaire, et maintenant je suis psychologue. Bien sûr que c’est difficile au quotidien : les récits de violences ne sont plus surprenants, mais on ne s’y habitue pas (et heureusement). Mais je fais quelque chose qui est lien avec mes valeurs, où mon travail a du sens, et ça c’est le plus important pour moi.

Qu’est-ce que tu trouves de spécifique dans l’approche de l’association ?

Ce que j’aime beaucoup c’est qu’on sait chacune reconnaître les limites de notre travail. Nous ne sommes pas là pour sauver la personne et pour trouver toutes les solutions.

Nous ne sommes pas toutes puissantes, et parfois la seule chose qu’on puisse faire (et c’est déjà beaucoup) c’est être présente et proposer une écoute attentive. Et surtout, on n’impose rien. Nous n’imposons pas qu’elle quitte son conjoint, ni qu’elle porte plainte contre lui par exemple.

Chaque femme qui arrive à l’association est dans une temporalité différente, et si nous ne respectons pas son rythme, qu’est-ce qui nous différencie de celui qui lui impose toujours tout finalement ?
Je pense aussi que ce qui fait la force de l’association c’est qu’on a des professionnelles et des bénévoles avec des profils différents, et chaque personne apporte sa pierre à l’édifice. Il n’y a personne dont le travail serait plus, ou moins important. On travaille ensemble, et on apprend les unes des autres, c’est ça qui est chouette.

En tant que psychologue, comment tu te positionnes face aux violences ?

Durant nos études, on nous parle beaucoup de « neutralité bienveillante ». Pour moi, en tant que psychologue face à des victimes de violences conjugales, je ne peux pas être neutre. Être neutre, c’est reproduire une violence. Lorsque j’ai une femme en face de moi qui me parle des violences qu’elle a vécues, je ne peux pas rester impassible, sans rien dire. Je lui dis que je la crois, que ce n’est pas normal, que les violences sont punies par la loi, ou encore que ce n’est pas sa faute.

On parle souvent de victimisation secondaire, pour désigner l’ensemble des préjudices subis par une victime après les faits, du fait des institutions, des professionnels ou de la société. Leur parole est mise en doute et minimisée, elles sont jugées et culpabilisées. Donc quand elles viennent nous voir, on a cette responsabilité là d’être à la hauteur. On écoute, on ne juge pas, on soutient. Et surtout, on reconnaît la violence et on la nomme telle qu’elle est.

Est-ce qu’il y a un message que tu souhaites transmettre ?

Il y a un livre de bell hooks que j’aime beaucoup, qui s’appelle A propos d’amour. Et dans ce livre elle dit notamment que l’amour et la violence/la maltraitance ne peuvent pas coexister. Ça peut sembler évident, mais je trouve quand même qu’en tant que femme, on intègre assez jeune que c’est normal si l’amour fait mal. Que si ça fait souffrir, c’est que c’est vraiment intense. Mais non. Il n’y a pas d’amour dans la violence.